Garder toute son épargne sur un Livret A semble être le choix de la prudence. Mais sur 10 ans, cette prudence a un coût mesurable, même face à une assurance-vie investie uniquement en fonds euros. Démonstration chiffrée pour les frontaliers franco-suisses, avec ou sans capital de départ.
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Le vrai coût d'une épargne qui dort
Si vous lisez cet article, il y a de fortes chances que vous fassiez partie des 83 % de Français qui détiennent un Livret A. Et vous avez de bonnes raisons : capital garanti, argent disponible à tout moment, zéro impôt, zéro frais. Sur le papier, c'est le placement parfait.
Sauf qu'un placement « sans frais » n'est pas un placement sans coût. Le coût du Livret A est invisible : c'est celui de tout ce que votre épargne ne gagne pas ailleurs. Depuis le 1er août 2026, le Livret A est rémunéré à 1,7 %, après être descendu à 1,5 % entre février et juillet. On est loin des 3 % de 2023. Et son plafond de 22 950 € est vite atteint, en particulier pour les frontaliers, dont la capacité d'épargne en francs suisses dépasse souvent celle d'un ménage français moyen.
La question n'est donc pas de savoir si le Livret A est un mauvais produit — il ne l'est pas. La question est de savoir ce qu'il vous coûte de tout y laisser pendant 10 ans.
Une épargne qui n'avance pas
Le match sur 10 ans : Livret A contre fonds euros
Prenons l'exemple le plus parlant pour un épargnant qui démarre : aucun capital initial, et un versement régulier de 100 € par mois pendant 10 ans, soit 12 000 € d'effort d'épargne au total.
Côté Livret A, à 1,7 % par an, vous obtenez environ 13 070 € au bout de 10 ans, soit près de 1 070 € d'intérêts, nets de tout impôt.
Côté assurance-vie, prenons un bon contrat en ligne, sans frais d'entrée ni frais sur versements, investi à 100 % en fonds euros. Les meilleurs fonds euros du marché ont servi environ 3 % nets de frais de gestion en 2025. À ce rythme, vos 100 € mensuels deviennent environ 13 980 € bruts au bout de 10 ans. Après les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les gains, il vous reste environ 13 620 €, soit près de 1 620 € nets.
L'écart : environ 550 € nets de plus avec le fonds euros, à effort d'épargne strictement identique et sans prendre aucun risque sur le capital. Et si vous partez avec un capital de 20 000 € déjà constitué, l'écart sur 10 ans dépasse 1 800 € nets.
Ces montants peuvent sembler modestes. Mais rappelez-vous qu'il s'agit du scénario le plus défavorable à l'assurance-vie : un petit versement mensuel, un fonds euros sans aucune unité de compte, et une fiscalité calculée sans optimisation. Chaque euro de versement supplémentaire, chaque année de plus, creuse l'écart.
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Ce que le Livret A fait mieux (et ce qu'un frontalier doit savoir)
Soyons honnêtes : l'assurance-vie ne remplace pas le Livret A, elle le complète. Le Livret A garde trois atouts que rien n'égale : une disponibilité immédiate sans aucune formalité, une garantie de l'État et une exonération totale d'impôt et de prélèvements sociaux. C'est le support idéal pour votre épargne de précaution, c'est-à-dire l'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes.
L'assurance-vie, elle, joue sur un autre terrain : celui du temps long. Après 8 ans de détention, les retraits bénéficient d'un abattement annuel sur les gains (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple), ce qui permet dans bien des cas de ne payer que les prélèvements sociaux. Elle offre aussi un cadre successoral avantageux, un point souvent négligé par les frontaliers dont le patrimoine se construit des deux côtés de la frontière.
Deux réflexes spécifiques aux frontaliers : pensez à lisser l'impact du taux de change CHF/EUR en programmant des versements réguliers plutôt qu'en convertissant de grosses sommes d'un coup, et vérifiez que votre situation fiscale (imposition en France pour la plupart des résidents français travaillant en Suisse) est bien prise en compte dans votre contrat.
Attention
Les frais peuvent tout changer
Un contrat avec des frais d'entrée ou plus de 1 % de frais de gestion annuels peut annuler l'avantage du fonds euros sur le Livret A. Avant de comparer les rendements affichés, comparez toujours les frais.
Comment répartir intelligemment son épargne
La bonne stratégie n'est pas de vider son Livret A, mais de lui redonner son vrai rôle. Trois étapes simples :
D'abord, sécurisez votre épargne de précaution sur le Livret A, à hauteur de 3 à 6 mois de dépenses. Cet argent doit rester disponible, son rendement est secondaire.
Ensuite, dirigez le surplus — l'épargne dont vous n'aurez pas besoin avant plusieurs années — vers une assurance-vie à frais réduits. Un profil prudent peut rester à 100 % en fonds euros : comme le montrent nos calculs, même ce choix conservateur fait mieux que le Livret A sur 10 ans.
Enfin, ouvrez votre contrat le plus tôt possible, même avec un versement modeste. C'est ce qu'on appelle « prendre date » : le compteur fiscal des 8 ans démarre à l'ouverture du contrat, pas au moment des gros versements. Chaque année d'attente est une année de fiscalité avantageuse perdue.
À retenir
- À 1,7 %, le Livret A protège mal une épargne de long terme, malgré ses qualités.
- Avec 100 € par mois pendant 10 ans, un bon fonds euros rapporte environ 550 € nets de plus que le Livret A, sans risque sur le capital.
- Avec un capital de départ de 20 000 €, l'écart dépasse 1 800 € nets sur 10 ans.
- Le Livret A reste imbattable pour l'épargne de précaution : gardez-y 3 à 6 mois de dépenses.
- Ouvrir une assurance-vie tôt, même avec un petit montant, fait démarrer le compteur fiscal des 8 ans.
