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Salaire en francs, crédit en euros : le change et votre budget

La rédaction Web Frontalier14 oct. 20267 min de lecture

Payé en francs, vous remboursez en euros : chaque variation du cours change votre mensualité réelle et votre taux d'endettement. Le mécanisme et les bons réflexes.

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Un salaire en francs, des charges en euros : deux monnaies dans le même budget

Votre salaire tombe en francs suisses sur un compte en Suisse. Votre crédit immobilier, vos factures, vos courses et les frais de vos enfants se paient en euros. Chaque mois, une partie de votre salaire est donc convertie, et le montant obtenu dépend d'un cours que ni vous ni votre employeur ne maîtrisez.

Tant que le cours bouge peu, ce détail passe inaperçu. Sur la durée d'un crédit immobilier de frontalier, quinze, vingt ou vingt-cinq ans, il devient l'une des variables les plus importantes de votre budget. Votre salaire en francs peut rester identique pendant des années alors que sa valeur en euros varie de plusieurs centaines d'euros par mois.

Cet article montre ce que le cours fait concrètement à votre mensualité, comment les banques en tiennent compte, et quels réflexes permettent à un budget de tenir quel que soit le cours.

Ce que le cours fait à votre mensualité réelle

Prenons un frontalier qui perçoit un salaire net de 7 000 CHF par mois et rembourse un crédit immobilier de 2 000 € par mois. Sa mensualité est fixée en euros dans son offre de prêt : elle ne bouge pas. Ce qui bouge, c'est la part de son salaire qu'elle absorbe.

  • À 0,93 franc pour 1 euro, le niveau de l'été 2025, ses 7 000 CHF valent environ 7 527 €. La mensualité représente 26,6 % de son salaire.
  • À 1,10 franc pour 1 euro, ils valent environ 6 364 €. La mensualité représente 31,4 %.
  • À 1,20 franc pour 1 euro, le cours plancher que la Banque nationale suisse a défendu du 6 septembre 2011 au 15 janvier 2015, ils valent environ 5 833 €. La mensualité représente 34,3 %.

Même salaire, même crédit : la part de la mensualité selon le cours

  • 1 € = 0,93 CHF (été 2025) : salaire de 7 527 €26,6 %

  • 1 € = 1,10 CHF (scénario intermédiaire) : salaire de 6 364 €31,4 %

  • 1 € = 1,20 CHF (cours plancher BNS, 2011-2015) : salaire de 5 833 €34,3 %

Près de 8 points d'écart, sans que le salaire ni le crédit ne changent.

Exemple : salaire net de 7 000 CHF par mois, mensualité de 2 000 € par mois. Le trait vertical marque 35 %, le plafond du taux d'effort fixé par le HCSF. Cours arrondis.

Même salaire, même crédit : près de 8 points d'écart sur la part du budget consacrée au logement. En euros, la différence entre le premier et le dernier cas dépasse 1 600 € de revenus disponibles par mois.

Bon à savoir

Le franc fort vous a aidé, son recul vous coûterait

Pour un frontalier qui rembourse en euros, la hausse du franc est une bonne nouvelle : son salaire vaut plus d'euros et sa mensualité pèse moins. Le risque, c'est le mouvement inverse. Un budget construit au cours actuel, nettement plus favorable aux salaires suisses qu'il y a dix ans, suppose que ce cours se maintienne.

Taux d'endettement : pourquoi la banque ne retient pas tout votre salaire

Depuis le 1er janvier 2022, les banques françaises appliquent une règle du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) : les charges d'emprunt, assurance comprise, ne doivent pas dépasser 35 % des revenus de l'emprunteur. Pour un frontalier, ces revenus sont en francs, et la banque doit décider à quel cours les convertir.

Beaucoup d'établissements ne retiennent pas votre salaire converti au cours du jour. Ils appliquent une décote, ou un cours plus prudent, pour se garder une marge en cas de baisse du franc. Le niveau de cette décote varie d'une banque à l'autre et peut changer le montant que vous pouvez emprunter. C'est l'un des points à comparer avant de déposer un dossier.

Cette prudence protège aussi l'emprunteur. Un dossier accepté au cours du moment n'a pas un taux d'endettement figé : si le franc recule, la part réelle de la mensualité dans vos revenus augmente, alors que rien n'a changé sur le papier. La banque a calculé votre capacité une fois, le jour de l'offre ; votre budget, lui, la vit chaque mois.

Les bons réflexes pour un budget qui tient quel que soit le cours

Aucun de ces réflexes ne suppose de prévoir l'évolution du franc. Ils consistent à ne pas dépendre d'un cours favorable.

  • Calculez votre mensualité à un cours défavorable. Avant de vous engager, refaites le calcul de votre budget à 1,10 ou 1,20 franc pour 1 euro. Si la mensualité reste supportable, votre projet ne repose pas sur le cours du jour.
  • N'empruntez pas au maximum de votre capacité. La capacité calculée au cours actuel est un plafond, pas un objectif. Une marge de quelques points de taux d'endettement absorbe une baisse du franc.
  • Gardez une épargne de précaution en euros. Vos charges sont en euros. Quelques mois de mensualités en réserve vous évitent de convertir des francs au mauvais moment.
  • Anticipez les ruptures de revenus. Un frontalier qui perd son emploi est indemnisé par France Travail, en euros, sur la base de règles françaises (voir notre page sur le chômage du frontalier et le formulaire PD U1). Un changement d'employeur côté français ou le départ à la retraite modifient aussi la devise et le niveau de vos revenus. Votre crédit, lui, court toujours.
  • Tenez compte de l'effet fiscal. Un franc fort gonfle aussi la conversion de votre salaire pour l'impôt français. Nous l'expliquons dans notre article sur la hausse du franc et vos impôts.

Le cas particulier des prêts en francs suisses

Tout ce qui précède concerne un crédit en euros remboursé avec un salaire en francs. Dans les années 2000, de nombreux frontaliers ont signé l'inverse : un prêt immobilier en francs suisses pour acheter un bien en France, avec l'argument qu'ils remboursaient dans la monnaie de leur salaire.

Pour eux, le mécanisme se retourne dès que leurs ressources passent en euros : vente du bien pour solder le prêt, chômage, retraite, ou capital à rembourser en une fois sur un prêt in fine. La hausse du franc, qui allège le budget d'un emprunteur en euros, alourdit alors leur dette. Le 9 juillet 2025, la Cour de cassation a jugé qu'un salaire perçu en francs ne dispensait pas la banque d'informer clairement l'emprunteur de ce risque. Nous détaillons ces décisions, leur portée et leurs limites dans notre article sur l'arrêt du 9 juillet 2025 et les prêts en francs suisses.

Web Frontalier travaille sur ce sujet avec le cabinet Dana Avocats, qui examine la situation des emprunteurs concernés.

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À retenir

  • Une mensualité en euros ne change pas, mais la part du salaire en francs qu'elle absorbe varie avec le cours : de 26,6 % à 34,3 % dans notre exemple.
  • Pour un frontalier qui rembourse en euros, le risque n'est pas la hausse du franc mais sa baisse.
  • Les banques appliquent la règle des 35 % du HCSF et retiennent souvent le salaire en francs avec une décote, variable selon l'établissement.
  • Calculer son budget à un cours défavorable et garder une épargne en euros permettent de ne pas dépendre du cours du jour.
  • Pour un prêt en francs suisses remboursé avec des ressources en euros, le mécanisme s'inverse : la hausse du franc augmente la dette.

Questions fréquentes

Le taux de change modifie-t-il ma mensualité de crédit immobilier ?

Le montant de la mensualité ne change pas : il est fixé en euros dans votre offre de prêt. Ce qui change, c'est le nombre de francs nécessaires pour la payer. Avec un salaire de 7 000 CHF et une mensualité de 2 000 €, la mensualité représente 26,6 % du salaire converti à 0,93 franc pour 1 euro, et 34,3 % à 1,20.

Comment les banques calculent-elles le taux d'endettement d'un frontalier payé en francs ?

Elles convertissent le salaire en euros et appliquent la règle du Haut Conseil de stabilité financière : les charges d'emprunt, assurance comprise, ne doivent pas dépasser 35 % des revenus. Pour tenir compte du risque de change, beaucoup de banques retiennent le salaire avec une décote ou à un cours prudent, selon leur propre politique.

Faut-il garder une épargne en euros quand on rembourse un crédit en euros ?

C'est une précaution utile. Vos charges sont en euros : une réserve en euros permet de payer plusieurs mensualités sans avoir à convertir des francs au mauvais moment, par exemple après une baisse du franc ou pendant une période de chômage indemnisée en euros.

Que se passe-t-il si mon prêt est en francs suisses et mes revenus en euros ?

Le mécanisme s'inverse : quand le franc monte, la dette exprimée en euros augmente. C'est la situation de nombreux emprunteurs de prêts en francs suisses dont les ressources sont passées en euros. La Cour de cassation s'est prononcée sur l'information due par la banque dans des arrêts du 9 juillet 2025.

Bon à savoir

Information générale

Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier individualisé. Les exemples chiffrés sont indicatifs : ils reposent sur des cours arrondis et ne tiennent pas compte des frais de change. Web Frontalier travaille en partenariat avec le cabinet Dana Avocats sur le sujet des prêts en francs suisses. Pour toute décision, adressez-vous à un professionnel qualifié.

Sources

  • Haut Conseil de stabilité financière, décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021 : taux d'effort maximal de 35 %, assurance comprise, applicable depuis le 1er janvier 2022.
  • Banque nationale suisse, communiqués du 6 septembre 2011 (introduction du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro) et du 15 janvier 2015 (abandon du cours plancher).
  • Cour de cassation, première chambre civile, arrêts du 9 juillet 2025 : information de l'emprunteur frontalier sur le risque de change d'un prêt en francs suisses.

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