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ETF ou Livret A : investir 100 € par mois quand on est frontalier

La rédaction Web Frontalier13 août 202611 min de lecture

Le Livret A vient de repasser à 1,7 %. Sur 20 ans, 100 € par mois placés sur un ETF monde peuvent valoir le double, à condition d'accepter le risque.

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Le Livret A vient de remonter à 1,7 %, et ça ne règle rien

Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,7 % au lieu de 1,5 %. C'est la première hausse depuis 2023, décidée sur recommandation de la Banque de France après le rebond de l'inflation au printemps. Une bonne nouvelle, sur le principe.

Regardons ce que cela change concrètement. Vous versez 100 € par mois pendant dix ans, soit 12 000 € d'effort d'épargne. À 1,7 %, votre Livret A vous rend environ 13 070 €. Dix ans de discipline mensuelle ont produit 1 070 € d'intérêts, avant même de parler de l'érosion due à l'inflation. Le capital est garanti, disponible, exonéré d'impôt : c'est exactement ce qu'on lui demande. Mais ce n'est pas un outil pour construire un patrimoine, et personne ne l'a jamais prétendu.

La question se pose avec une acuité particulière quand on travaille en Suisse. Un frontalier dispose souvent d'une capacité d'épargne mensuelle supérieure à la moyenne française, et il la laisse fréquemment dormir sur des livrets réglementés, par prudence ou par manque de temps. Nous avons déjà comparé le Livret A à une assurance-vie en fonds euros, c'est-à-dire à un placement lui aussi sécurisé. Cet article prend le sujet par l'autre bout : que se passe-t-il si vous acceptez, pour une partie de votre épargne, de vous exposer aux marchés actions ?

100 € par mois pendant 10 ans

20 000 €15 000 €10 000 €5 000 €20 485 €17 308 €13 070 €05 ans10 ansETF · 10 % par anETF · 7 % par anLivret A · 1,7 %
Hypothèses : 100 € versés chaque mois, rendement constant, 12 000 € versés au total. Les 7 % et 10 % sont des hypothèses de travail, pas un rendement garanti : un ETF actions peut baisser, et son rendement réel varie chaque année. Montants avant impôt.

100 € par mois sur 10, 15 et 20 ans, net d'impôt

Un ETF est un fonds coté qui réplique un indice. En achetant une part d'un ETF monde, vous détenez indirectement un morceau de plus d'un millier de grandes entreprises cotées dans les pays développés, pour des frais annuels de l'ordre de 0,20 %. Vous n'essayez pas de choisir les bonnes actions : vous achetez le marché entier et vous le gardez.

Le tableau ci-dessous compare la même mensualité de 100 €, placée d'un côté sur le Livret A, de l'autre sur un ETF monde logé dans un compte-titres ordinaire. Les montants ETF sont donnés nets d'impôt, c'est-à-dire après application du prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur la plus-value au moment de la revente. C'est la seule comparaison honnête : le Livret A, lui, est net de tout.

10 ans

12 000 € versés

Livret A 1,7 %
13 070 €
ETF 7 %/an
15 716 €
ETF 10 %/an
17 940 €
Écart max
+ 4 870 €

15 ans

18 000 € versés

Livret A 1,7 %
20 487 €
ETF 7 %/an
27 587 €
ETF 10 %/an
34 413 €
Écart max
+ 13 926 €

20 ans

24 000 € versés

Livret A 1,7 %
28 561 €
ETF 7 %/an
43 665 €
ETF 10 %/an
60 356 €
Écart max
+ 31 795 €
Montants ETF nets du prélèvement forfaitaire unique de 30 % appliqué à la plus-value au moment de la revente ; le Livret A est net de tout impôt. Écart max = scénario ETF à 10 % net d'impôt, moins le Livret A. Hors frais de courtage et hors inflation.

Deux lectures s'imposent. Sur dix ans, l'écart existe mais reste modeste : quelques milliers d'euros. Sur vingt ans, il change de nature. Dans le scénario à 10 % par an, vous disposez d'environ 60 000 € nets contre 28 500 € sur le Livret A, pour un effort d'épargne identique de 24 000 €. Ce n'est pas le rendement qui fait la différence, c'est la durée pendant laquelle il s'applique.

Astuce

Le temps fait plus que le taux

Sur vingt ans à 10 %, vos versements représentent 24 000 € et les gains environ 52 000 € avant impôt : l'essentiel du capital final n'a pas été versé par vous, il a été produit par les intérêts eux-mêmes. C'est pour cette raison qu'un versement de 100 € commencé aujourd'hui pèse davantage qu'un versement de 200 € commencé dans dix ans.

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Ce que rapporte vraiment un ETF monde, année après année

Prenons un fonds concret, l'un des plus utilisés en Europe pour cet usage : l'iShares Core MSCI World UCITS ETF USD (Acc), code ISIN IE00B4L5Y983. Il réplique physiquement l'indice MSCI World, détient environ 1 280 lignes, pèse près de 129 milliards d'euros d'encours, existe depuis septembre 2009, et prélève 0,20 % de frais par an. Il est capitalisant : les dividendes des sociétés sont automatiquement réinvestis dans le fonds au lieu de vous être versés.

Ses performances par année civile, exprimées en euros, donnent la mesure réelle de l'exercice :

  • 2022 : -12,96 %
  • 2023 : +19,55 %
  • 2024 : +26,24 %
  • 2025 : +7,12 %

Sur les cinq dernières années, la progression cumulée atteint environ +76,5 %, soit près de 12 % par an en moyenne. Mais la moyenne masque l'essentiel : une année sur cinq environ se termine dans le rouge, et 2022 a coûté près de 13 % à ceux qui étaient investis. Un épargnant qui aurait vendu en panique cette année-là aurait transformé une baisse temporaire en perte définitive.

Attention

Un ETF n'a pas de taux

Contrairement au Livret A, un ETF n'est pas « rémunéré à » un pourcentage. Sa valeur monte et descend avec les marchés, et le capital n'est pas garanti. Les hypothèses de 7 % et 10 % utilisées plus haut sont des scénarios de travail, cohérents avec l'historique long de l'indice, pas des promesses. Sur un horizon court, une perte est parfaitement possible.

Le franc, l'euro et le dollar : le point aveugle du frontalier

Voici un chiffre qui mérite qu'on s'y arrête. En 2025, ce même ETF a progressé d'environ 21 % pour un investisseur qui compte en dollars, et de 7,12 % seulement pour celui qui compte en euros. La différence ne vient pas du fonds : elle vient du taux de change. L'euro s'est apprécié face au dollar, et cette appréciation a mangé les deux tiers de la performance vue depuis la zone euro.

Pour un frontalier, la question est encore plus concrète, parce que trois devises se superposent : vous êtes payé en francs, vous vivez et dépensez majoritairement en euros, et le fonds que vous achetez détient des sociétés cotées principalement en dollars. Deux idées reçues méritent d'être corrigées.

La première consiste à croire que la devise de cotation de la part protège du risque de change. Elle ne change rien. Que vous achetiez la part en euros sur une place allemande ou en francs sur la Bourse suisse, votre exposition réelle reste celle des sociétés détenues par le fonds. La devise de la part est une commodité d'achat, pas une couverture.

La seconde consiste à traiter la conversion de son salaire comme un détail. Si vous investissez depuis vos francs, chaque conversion vers l'euro vous coûte, et une banque traditionnelle prélève sur ce passage bien plus qu'un ETF ne prélève de frais de gestion en une année entière. C'est le premier poste à optimiser, avant même de choisir un fonds : nous détaillons les solutions dans notre comparatif des plateformes de change et notre guide du compte en Suisse.

PEA ou CTO : pourquoi le compte-titres reste le plus souple

Le compte-titres ordinaire n'est pas la seule enveloppe possible, et il faut dire clairement ce que fait le PEA. Après cinq ans de détention, un PEA n'est plus soumis qu'aux prélèvements sociaux de 17,2 % sur les gains, contre 30 % en compte-titres. Sur vingt ans, cet écart de 12,8 points est loin d'être négligeable.

Cet avantage se paie sur deux terrains. Le PEA est plafonné à 150 000 € de versements. Surtout, il est réservé aux titres européens : une exposition mondiale n'y est possible qu'à travers des ETF synthétiques, qui reconstituent la performance de l'indice par un contrat d'échange avec une banque au lieu de détenir réellement les actions. Le fonds cité plus haut, qui détient physiquement ses 1 280 lignes, n'est pas éligible au PEA.

Le compte-titres ordinaire prend le problème dans l'autre sens : aucun plafond de versement, aucune restriction géographique, accès à la quasi-totalité des ETF, des actions et des obligations cotés dans le monde, y compris les fonds à réplication physique et les places suisses ou américaines. Vous choisissez le support qui vous convient, pas celui qui a été autorisé dans une enveloppe. Pour un frontalier dont le patrimoine est déjà réparti entre deux pays et trois devises, cette liberté vaut souvent l'écart de fiscalité.

Rien n'oblige d'ailleurs à choisir. Beaucoup ouvrent un PEA pour la poche européenne et un CTO pour tout le reste. Si votre priorité est la retraite plutôt que la disponibilité, le PER et le 3e pilier suisse répondent à une autre logique, avec un avantage fiscal à l'entrée et un capital bloqué jusqu'à la retraite.

Fiscalité, déclarations et frais : les points à ne pas rater

Trois éléments méritent votre attention avant d'ouvrir un compte.

L'imposition intervient à la sortie. Tant que vos parts restent investies, aucune fiscalité ne frappe les plus-values latentes : la totalité de vos gains continue de produire des gains. Le PFU de 30 % s'applique au moment de la revente, sur la plus-value réalisée. Attention toutefois à la nuance sur les dividendes : ils sont imposables l'année de leur versement. Un ETF capitalisant les réinvestit sans les distribuer, ce qui neutralise cette imposition annuelle ; un ETF distribuant, lui, génère un revenu imposable chaque année.

Un compte à l'étranger se déclare. Si votre courtier est établi hors de France, le compte doit être déclaré chaque année avec votre déclaration de revenus, via le formulaire 3916. L'amende pour omission est de 1 500 € par compte. C'est une formalité purement déclarative, qui ne déclenche aucun impôt supplémentaire, mais que beaucoup de frontaliers découvrent trop tard, alors même qu'ils connaissent déjà l'obligation pour leur compte bancaire suisse.

Les frais se cumulent. Aux 0,20 % de frais annuels du fonds s'ajoutent les frais de courtage à chaque achat et, le cas échéant, les frais de conversion de devise. Sur un versement de 100 €, une commission fixe de 2 € représente déjà 2 % de perte immédiate. Privilégiez un intermédiaire qui pratique l'achat fractionné et des frais réduits sur les petits montants, sans quoi la mensualité modeste est mécaniquement pénalisée.

La méthode, en trois étapes

  1. Constituez d'abord votre matelas de sécurité. Trois à six mois de dépenses courantes, disponibles immédiatement. C'est exactement le rôle du Livret A, et il le remplit très bien. On n'investit que l'épargne dont on n'a pas besoin à court terme.
  2. Ouvrez un compte-titres à frais réduits. Vérifiez trois points : le montant minimum d'investissement, la possibilité d'acheter des fractions de part, et le coût de la conversion de devise. Vous pouvez consulter les conditions d'accès sur eToro, qui permet l'achat fractionné à partir de petits montants.
  3. Automatisez le versement. Programmez le virement le lendemain de la réception de votre salaire, avant toute autre dépense. Investir la même somme chaque mois, sans regarder les cours, vous fait acheter davantage de parts quand les marchés baissent et lisse votre prix d'entrée. C'est ce que les Anglo-Saxons appellent le dollar cost averaging, et c'est surtout la seule méthode qui résiste à la tentation de deviner le bon moment.

Bon à savoir

Transparence

Le lien vers eToro est un lien partenaire : Web Frontalier perçoit une rémunération si vous ouvrez un compte, sans que cela change quoi que ce soit à vos conditions. Cela n'a pas d'incidence sur le contenu de cet article. Investir comporte un risque de perte en capital.

À retenir

  • Même relevé à 1,7 % depuis le 1er août 2026, le Livret A ne transforme pas 12 000 € versés en patrimoine : il rend environ 13 070 € au bout de dix ans.
  • 100 € par mois sur un ETF monde peuvent représenter, après impôt, environ 60 000 € au bout de vingt ans contre 28 500 € sur le Livret A, dans une hypothèse de 10 % par an.
  • Un ETF n'a pas de taux : 2022 s'est soldée par une baisse de près de 13 % en euros, et une année sur cinq environ finit dans le rouge.
  • La devise compte autant que le fonds : en 2025, la même performance valait 21 % en dollars et 7,12 % en euros.
  • Le compte-titres donne accès à tout le marché mondial sans plafond, en contrepartie du PFU de 30 % ; un compte ouvert à l'étranger se déclare via le formulaire 3916.

Questions fréquentes

Un frontalier peut-il ouvrir un compte-titres ordinaire (CTO) ?

Oui. Un frontalier qui vit en France y reste résident fiscal, quel que soit son pays d'emploi : il peut ouvrir un CTO, sans plafond de versement et sans condition de nationalité. Le CTO est cumulable avec un PEA, une assurance-vie et un 3e pilier suisse.

Quelle est la fiscalité d'un CTO pour un frontalier résidant en France ?

Les plus-values sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), uniquement au moment de la revente. Les dividendes, eux, sont imposés l'année où ils sont versés : un ETF capitalisant, qui les réinvestit sans les distribuer, évite cette imposition annuelle.

Faut-il investir en euros ou en francs suisses ?

La devise dans laquelle vous achetez la part ne change pas votre exposition réelle : elle dépend des sociétés détenues par le fonds, majoritairement américaines. Acheter la part en francs évite en revanche une conversion si vous investissez directement depuis votre salaire suisse.

Faut-il déclarer un compte-titres ouvert à l'étranger ?

Oui. Tout compte ouvert hors de France doit être déclaré chaque année avec votre déclaration de revenus, via le formulaire 3916. L'omission est sanctionnée par une amende de 1 500 € par compte non déclaré. La démarche est déclarative : elle ne déclenche aucun impôt supplémentaire.

PEA ou CTO pour investir en ETF monde ?

Le PEA est fiscalement plus doux après cinq ans (seuls les 17,2 % de prélèvements sociaux restent dus) mais il est plafonné à 150 000 € et limité à un univers restreint : l'exposition mondiale n'y est possible que par des ETF synthétiques éligibles. Le CTO n'a ni plafond ni restriction géographique, en contrepartie du PFU de 30 %.

Bon à savoir

Information générale

Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et un investissement en actions comporte un risque de perte en capital. Pour toute décision engageant votre patrimoine, adressez-vous à un professionnel qualifié.

Sources

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